Insurrection par l’introspection : rebellons-nous, prenons soin de nous

Je tenais à revenir sur les bases du soin de soi à l’occasion d’un article sur l’introspection.


Non seulement pour la définir, mais aussi pour déconstruire cette image narcissique et égoïste qu’on colle à celles* qui la pratique. Image qui peut aussi être associée à une forme de folie ou de faiblesse (coucou la psychophobie). Voyons comme ça dérange. Dans notre société où nous sommes conditionnées pour produire et consommer, faite d’obligations et de distractions qui nous éloignent de nous-même, prendre soin de sa santé mentale et porter attention à ses propres besoins est un acte subversif, éminemment politique**, en plus d’être, en premier lieu, un acte d’amour de soi.

Let’s dig in, bitches!



L’introspection devrait être un droit fondamental reconnu comme la source du soin de soi. Je suis de l’avis qu’on devrait nous apprendre à regarder à l’intérieur de soi en même temps qu’on nous apprend à écrire et à compter. Se connaître soi est bien plus important que de connaître le théorème de Pythagore (enfin je crois).




Je vous embarque pour un tour d'horizon de ma vision qui allie introspection et déconstruction.


Prendre le temps de procéder à son propre déconditionnement


Il y a, à mon sens, deux préalables complémentaires pour que l’introspection soit favorable à notre épanouissement et à des relations plus respectueuses :

  • Reprendre le pouvoir sur notre temps, le bien le plus précieux que nous avons et qu’on nous dérobe par le travail, la consommation, les distractions, les obligations. Et en cela accepter que ça ne soit pas linéaire ni simple, facile, ou rapide. A l’heure où tout doit aller toujours plus vite, l’introspection nous amène à redéfinir notre rapport au temps, à cultiver une forme de tolérance à la patience.

  • Prendre le chemin de la déconstruction. De nos connaissances, de nos biais, de nos conditionnements. Observer la manière dont on pense, et pourquoi. Accepter de s’être trompée, d’être faillible, de changer d’avis, de poser un autre regard. L’introspection comme un cheminement pour porter un regard lucide sur nous-même, mais aussi sur nos biais cognitifs et nos croyances, pour ne plus se laisser manipuler par notre environnement, ni par la manière dont on pense. Un véritable voyage intérieur, passionnant et émancipateur.


L’introspection, au-delà de sa définition


Que dit le dictionnaire sur l’introspection ? “Observation méthodique, par le sujet lui-même, de ses états de conscience et de sa vie intérieure. Analyse du sujet par lui-même, action d’observation et de regard attentif sur soi. Une forme d'attention portée à ses propres sensations, états ou pensées.” L’origine latine est “introspicere” qui signifie regarder à l'intérieur.


Dans un travail introspectif, on est loin de la personne qui regarde amoureusement sa propre image (dans ce cas-là on est plutôt sur une quête narcissique dans laquelle de nombreuses personnes excellent de la plus naturelle des manières, mais c’est un autre sujet).


Malgré ce qu’on essaie de nous faire croire pour discréditer tout travail sur soi (et nous renvoyer à l’usine et au supermarché), ce n’est pas un acte égoïste, ni une preuve de folie ou de faiblesse. Bien au contraire : l’introspection fait peur car elle apporte des changements et des passages à l’action qui pourraient perturber l’ordre établi et les conditionnements sociétaux, culturels ou familiaux. On nous préfère dociles, loyales, fidèles, silencieuses.


Un cheminement intimidant et pourtant émancipateur


La connaissance de soi est une forme de menace pour notre société capitaliste patriarcale. Car elle libère, elle émancipe. Car elle fait réfléchir. Elle donne envie de changer les choses parce qu’elle peut ouvrir les yeux sur les violences et oppressions que la société cherche à invisibiliser, à normaliser.


C’est pour toutes ces raisons que le cheminement personnel est un parcours long et parfois laborieux, irrégulier. Chercher une forme d’épanouissement immédiat serait source de frustration ou de renoncement. Au contraire, observer avec curiosité, patience et autodérision le processus apportera plaisir, apprentissage et “sagesse”. Se fixer l’objectif de prendre du plaisir dans ce chemin d’évolution plutôt que dans celui d’atteindre un état de bonheur fantasmé ; là est une des clefs pour apprivoiser son évolution personnelle.


Parce que la vie intérieure n’est jamais claire, calme et parfaitement lisible. Parce que nos pensées et nos ressentis sont en mouvement permanent. Que le désordre et le chaos font partie du cycle de la vie.


Et puis aussi parce que s’autoriser à prendre du temps pour soi n’est pas chose innée ; pour les femmes parce qu’elles sont conditionnées à prendre soin de leurs proches dans une dimension sacrificielle qui leur serait naturelle. Pour les hommes parce qu’ils sont conditionnés à cacher leurs émotions ou à les nier.


Parce que regarder la vérité en face ne se fait pas sans douleurs, sans peurs, sans flous.


Parce qu’on manque parfois d'objectivité, de temps, de disponibilité émotionnelle et intellectuelle.


L'introspection peut faire peur, car il n’est pas évident de poser un regard honnête et lucide sur soi-même, sur ses émotions, ses impulsions, ses croyances, ses biais et schémas répétitifs. Ça peut même être vertigineux et paralysant. Une sorte de peur de la page blanche qui se mêle à l’appréhension de mettre en lumière un secret qu’on chercherait à réprimer. Faire un examen de conscience demande du courage ; celui de se confronter à ses parts d’ombres, à ces actes ou pensées dont nous ne sommes pas fières, à nos modes de fonctionnements qui peuvent être dysfonctionnels, toxiques pour nous-même et nos proches.


On ne va pas se mentir, ce n’est pas facile.


Alors, pourquoi initier un tel travail intime ?


Le plus souvent, on s’y confronte lorsqu’on traverse une phase difficile de notre vie. Séparation, chômage, burn-out ou dépression, maladie, deuil, stress post-traumatique… Si c’était moins tabou et mal vu, le processus introspectif pourrait faire intégralement partie de nos vies - si on l’apprenait à l’école par exemple -, ce qui nous éviterait bien des maux j’en suis convaincue.


L’introspection apporte plein de bienfaits : mieux se connaître et s’accepter, comprendre ses émotions, les évacuer et être à l’écoute de ses besoins, s'affirmer, identifier ses schémas répétitifs, gagner en confiance, en motivation, en amour de soi. Voir les choses différemment, mieux gérer ses réactions, ses peurs et son niveau de stress, gagner en tolérance, en douceur, en auto-compassion.


L’introspection est une acte puissant pour ralentir, se réapproprier son temps. Elle aide à vivre et faire des choix en conscience, à développer et nourrir des relations saines et épanouissantes.


Dans une époque comme celle que nous traversons, faites de crises, de violences, teintée d’un avenir anxiogène, revenir à soi est aussi une occasion de se questionner sur le sens qu’on aspire à donner à notre existence. Qui je suis et quel rôle je veux avoir pour le collectif ?


Oui, mais… Comment ?


L’écriture, bien sûr. Un excellent exutoire qui aide à gagner en clarté, à déposer et à expulser. En thérapie avec une psychologue, en méditation de pleine conscience pour être observatrice plutôt qu’actrice, pour prendre de la distance. En utilisant la communication non violente pour se l’appliquer à soi, en coaching, en discutant avec une proche dans la bienveillance. Marcher dans la nature et contempler.


Bref, je vous invite, si c’est un exercice qui vous tente, à tester différentes techniques, à en associer plusieurs (l’écriture et la thérapie, par exemple). Et n’hésitez jamais à demander de l’aide à une professionnelle s’il vous plaît : ne restez pas seule avec vos traumas et schémas dysfonctionnels.


Pour terminer, voici quelques suggestions de questions, pour un moment d'écriture introspective :

  • Qu’as-tu appris, découvert, sur toi, la vie ces derniers temps ?

  • Comment dirais-tu que tu as évolué ces 5/10 dernières années ?

  • Quels sont les choix dont tu es la plus fière / Qui t’ont rendue la plus heureuse ?

  • Quelle est la chose la plus stupide que tu ais faite dans ta vie ?

  • Quelle est la chose la plus dure que tu ais faite dans ta vie ?


Et toi, tu en es où avec l'introspection ?



*Dans le sens du collectif comme une somme d’individualités.

*Je féminise pour simplifier la lecture. Et aussi parce que je ne crois pas à la neutralité du masculin, et je refuse d'obéir à la règle qu'on nous apprend en même temps qu'à lire et à écrire "le masculin l'emporte sur le féminin".